À Manono, au cœur de la province du Tanganyika, la question de la gouvernance du lithium s’impose avec acuité. À l’occasion du forum organisé par Resource Matters, la députée nationale Marie-Thérèse Wangoie a porté un plaidoyer sans détour en faveur d’un modèle minier capable de générer des bénéfices concrets pour les communautés locales.
Prenant la parole comme panéliste, l’élue de Manono a insisté sur la nécessité de rompre avec les pratiques du passé récent, où les ressources minières quittent le territoire sans impact tangible sur le développement local. Pour elle, l’enjeu est clair : faire du lithium un levier de transformation économique pour Manono, le Tanganyika et l’ensemble de la République démocratique du Congo.
Dans son intervention, elle a évoqué ce qu’elle qualifie de « paradoxe de Manono », en rappelant le contraste entre l’époque de Zaïre-Étain et la situation actuelle. À ses yeux, l’ancienne exploitation minière avait laissé un héritage palpable, marqué par la création d’emplois, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée ainsi que la construction d’infrastructures sociales telles que des écoles et des hôpitaux. Elle a également souligné que la gestion environnementale y était, selon elle, plus rigoureuse.
Aujourd’hui, malgré le potentiel mondial du lithium de Manono, les retombées locales restent limitées, alimentant un sentiment de frustration au sein des populations.
Face à cette situation, Marie-Thérèse Wangoie a interpellé les autorités congolaises sur la nécessité d’assainir le secteur. Elle a insisté sur l’urgence d’identifier l’ensemble des entreprises opérant dans la région et de s’assurer de leur conformité au Code minier. La prolifération d’acteurs évoluant dans l’illégalité, qu’il s’agisse du lithium, du coltan, de la cassitérite ou de l’or, constitue, selon elle, une menace à la fois économique et sécuritaire pour le territoire.
Au-delà de la régulation, l’élue a défendu une vision axée sur la transformation locale des ressources. Elle estime que l’exportation de minerais bruts est un modèle dépassé qui prive la province de la valeur ajoutée indispensable à son développement. Pour elle, les véritables partenaires de la RDC seront les entreprises prêtes à investir dans des unités de transformation, notamment dans la fabrication de batteries sur place, à Manono ou à Kalemie.
Cette approche, a-t-elle soutenu, constitue le seul levier capable de garantir des retombées durables, tant en termes d’emplois que de développement économique pour le Tanganyika et le pays dans son ensemble.
À travers cette prise de position, Marie-Thérèse Wangoie dessine les contours d’un nouveau modèle de gouvernance minière, fondé sur la responsabilité sociale des entreprises, le respect strict des lois et la valorisation locale des ressources.
Organisé sous le thème « Le lithium en RDC : sécuriser l’investissement, renforcer la gouvernance et bâtir une prospérité locale durable », le forum de Resource Matters a réuni représentants du gouvernement, acteurs de la société civile et opérateurs miniers autour d’un objectif commun : éviter de reproduire les erreurs observées dans l’exploitation du cuivre et du cobalt.
Dans ce contexte, la voix portée depuis Manono résonne comme un rappel : le succès du lithium congolais ne se mesurera pas uniquement en volumes extraits, mais à sa capacité à transformer durablement la vie des populations locales.
Daniel Bawuna




