À Lubumbashi, les organisations de la société civile intervenant dans le secteur minier veulent davantage peser sur les grandes orientations de la politique minière congolaise. Réunies mercredi 9 septembre 2026 au Centre Arrupe, à l’initiative du consortium Vision Minière Durable (VMD), en collaboration avec la Plateforme des Organisations de la Société Civile intervenant dans le secteur Minier (POM), elles ont notamment appelé à repenser la place des ressources minières dans le développement et la défense de la République démocratique du Congo.
La rencontre s’est tenue dans un contexte particulier, alors que les autorités congolaises travaillent à l’évolution du cadre légal régissant le secteur extractif. Pour les organisations présentes, l’enjeu est de ne pas limiter les discussions aux seules questions économiques, mais d’intégrer également les préoccupations liées aux communautés, à la gouvernance des ressources et à la défense du territoire.
Présentant les objectifs de la rencontre, Georges Tshimpuki, chargé de programme de VMD et modérateur des échanges, a expliqué qu’il s’agissait notamment de dresser l’état des lieux du secteur minier et d’en dégager les principaux enjeux actuels. Les organisations participantes devaient également pouvoir partager leurs opinions et recommandations, favoriser un dialogue ouvert sur la gouvernance minière, identifier les difficultés rencontrées dans le suivi du secteur et faire remonter leurs attentes auprès des autorités et des autres parties prenantes.
« Les minerais pour le développement et la défense »
C’est dans cette réflexion que VMD a voulu introduire une dimension supplémentaire : celle de l’utilisation des ressources minières comme levier de renforcement des capacités de défense.
Pour Frédérick Malu, coordonnateur national de VMD, la richesse minérale de la RDC ne peut être dissociée des enjeux auxquels le pays est confronté. Dans un contexte de guerre, estime-t-il, les revenus tirés des ressources naturelles doivent pouvoir contribuer à la fois au développement du pays et à la protection de son territoire.
« Notre vision c’est les minerais pour le développement et la défense. La révision du code minier peut-être une opportunité pour nous, parce que nous sommes en guerre. Alors, on ne peut pas attendre pour intégrer les idées en rapport avec le développement et la défense de nos territoires. La sécurisation de toute la population», a-t-il soutenu.
La réflexion de VMD part d’un constat largement partagé dans les débats sur les ressources naturelles congolaises : dans plusieurs régions, les minerais sont associés aux dynamiques de conflit, aux trafics et à l’instabilité. L’organisation estime qu’il est dès lors possible d’inverser cette logique en faisant de cette richesse un instrument de consolidation des capacités de l’État.
Pour lui, l’enjeu consiste aussi à anticiper les conséquences des conflits plutôt qu’à intervenir uniquement après que les populations ont été victimes de violences.
C’est dans cette perspective qu’il évoque le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV). Dans la vision défendue par VMD, les ressources minières devraient contribuer à renforcer en amont les capacités permettant de protéger les populations et les territoires.
Safanto Bulongo insiste sur la dimension défense
Cette approche a également été soutenue par Safanto Bulongo, autre membre de Vision Minière Durable, qui a insisté sur la nécessité de placer la défense parmi les dimensions à prendre en compte dans la réflexion sur les ressources minières.
Pour lui, les minerais dont dispose la RDC constituent un patrimoine stratégique. Leur exploitation et les revenus qu’ils génèrent ne devraient donc pas être envisagés uniquement sous l’angle des recettes publiques ou des investissements, mais également à travers leur contribution potentielle au renforcement des capacités nationales de défense.
Cette orientation prend une résonance particulière dans un pays confronté depuis plusieurs années à des conflits armés dans sa partie orientale. Pour les membres de VMD, la question est de savoir comment transformer une richesse souvent présentée comme un facteur de vulnérabilité en un atout pour la défense du territoire.
La réflexion portée par Safanto Bulongo ouvre également le débat sur les différentes dimensions qui entourent la défense nationale. Les échanges ont notamment fait émerger la nécessité de ne pas dissocier la défense du territoire des autres conditions de stabilité des populations, dont l’accès aux ressources essentielles et le développement des communautés.
Du sous-sol au développement communautaire
La contribution des minerais au développement local a constitué un autre volet important des échanges. Adrien Mutombo, membre de Vision Minière Durable, a apporté des éléments complémentaires sur la question du développement communautaire, notamment autour du cahier des charges et des obligations liées à l’exploitation des ressources.
Pour la société civile, les retombées de l’activité minière doivent être visibles dans les territoires où les ressources sont exploitées. Les communautés locales ne devraient pas seulement subir les impacts de l’activité extractive ; elles doivent également pouvoir bénéficier des mécanismes prévus pour améliorer leurs conditions de vie.
La question du cahier des charges apparaît ainsi comme un point essentiel du rapport entre entreprises minières et communautés. Au-delà des engagements inscrits dans les documents, les organisations de la société civile souhaitent que leur mise en œuvre puisse faire l’objet d’un suivi régulier et transparent.
Cette dimension communautaire complète la réflexion portée par VMD sur la défense. Pour les participants, la stabilité d’un territoire ne repose pas uniquement sur les capacités militaires de l’État. Elle dépend également de la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs miniers à répondre aux attentes des populations et à transformer l’exploitation des ressources en opportunités concrètes de développement.
Le ministère veut associer la société civile
Le débat intervient alors que le ministère des Mines affiche sa volonté d’impliquer davantage les organisations de la société civile dans les discussions relatives au secteur.
Représentant le ministre Louis Watum Kabamba, Franck Fwamba, chargé de mission, a rappelé que le gouvernement considère la société civile comme un acteur à part entière de la gouvernance minière et du développement communautaire.
« La démarche chez nous avec le ministre Louis, c’est qu’il répète à tout le monde que la société civile est partenaire important dans le secteur minier et un partenaire important dans le développement communautaire », a-t-il déclaré.
Franck Fwamba a également rappelé la participation de la société civile aux différentes étapes ayant marqué l’évolution du secteur minier congolais, notamment dans les discussions sur le cadre légal et les contrats miniers.
Cette volonté d’ouverture concerne aussi le processus actuellement engagé autour du Code minier. Même si l’initiative émane de l’Assemblée nationale, le ministère estime que les organisations de la société civile doivent pouvoir faire entendre leur voix.
« Cette question-là, bien qu’elle est venue de l’Assemblée nationale, on devra aussi écouter la société civile », a affirmé Franck Fwamba.
Pour le représentant du ministre, cette participation doit permettre d’éviter que les organisations de la société civile ne soient confrontées à des décisions auxquelles elles n’auraient pas suffisamment été associées.
« On le veut ou non, elle sera obligée d’être impliquée », a-t-il insisté.
Un débat sur l’usage stratégique des ressources
À Lubumbashi, les échanges ont ainsi dépassé les seules questions liées à l’exploitation minière. Ils ont remis au centre du débat la manière dont la RDC peut utiliser sa richesse naturelle pour répondre à ses priorités nationales.
La proposition de Vision Minière Durable introduit notamment une question sensible : celle de l’affectation des revenus miniers au renforcement des capacités de défense. Une telle orientation supposerait des mécanismes précis, transparents et contrôlables afin de garantir que les ressources mobilisées répondent effectivement aux objectifs fixés.
À cette dimension s’ajoute celle du développement communautaire, portée notamment par Adrien Mutombo, avec l’enjeu du respect des engagements pris envers les populations vivant dans les zones minières.
Au fond, le débat posé par les organisations réunies au Centre Arrupe revient à interroger la finalité même de la richesse minière congolaise. Dans un pays doté de ressources stratégiques mais confronté à d’importants défis de défense et de développement, la question n’est plus seulement de savoir comment exploiter davantage les minerais, mais comment faire en sorte que cette richesse contribue davantage aux priorités de l’État et aux intérêts des communautés.
Pour VMD, l’équation est désormais clairement posée : les minerais doivent pouvoir servir au développement du pays, mais aussi participer au renforcement de sa capacité à défendre son territoire et ses populations.
Junior Ngandu




