Prologue — Un dimanche au palais de Laeken
Le 28 octobre 1906, Bruxelles est encore loin du Katanga. Pourtant, ce dimanche-là, une signature apposée au palais de Laeken va contribuer à déterminer, pour plusieurs décennies, le destin économique du Congo. Léopold II signe le décret royal n° 1473/444, qui donne naissance à l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK). Son capital initial est fixé à dix millions de francs, répartis en cent mille actions de cent francs. La concession est accordée pour trente ans, avec une possibilité de prorogation jusqu’au 11 mars 1990. Sur le papier, il ne s’agit encore que de la création d’une entreprise minière. Mais l’UMHK va rapidement dépasser cette définition.
Au fil des décennies, la compagnie exploitera du cuivre, du cobalt, du zinc, du radium et de l’uranium. Elle construira des mines, des usines, des centrales électriques, des chemins de fer, des hôpitaux, des écoles et des cités ouvrières. Elle deviendra un acteur majeur des finances de la colonie belge et une puissance industrielle dont l’influence dépassera largement les limites de ses concessions. L’uranium de Shinkolobwe la placera au cœur de l’histoire nucléaire de la Seconde Guerre mondiale. Quelques années plus tard, elle se retrouvera mêlée à la sécession du Katanga. Puis, sous Mobutu, ses actifs congolais seront nationalisés et transférés à une nouvelle entreprise publique, la Gecomin, qui deviendra quelques années plus tard la Gécamines.
L’histoire de la Gécamines commence donc bien avant sa création. Elle plonge ses racines dans l’empire minier construit au début du XXe siècle autour du cuivre katangais. Pour comprendre comment cette entreprise publique est devenue l’un des piliers économiques du Zaïre, il faut revenir à la naissance de l’UMHK.
I. L’invention d’un empire (1906–1920)

L’UMHK ne naît pas seule. Sa création résulte de la rencontre de plusieurs intérêts financiers et industriels. Le Britannique Robert Williams connaît déjà le potentiel minier de l’Afrique australe à travers la Tanganyika Concessions Ltd. La Société générale de Belgique dispose, elle, des capitaux nécessaires pour transformer les découvertes géologiques en une véritable industrie. Autour de ces intérêts s’organise rapidement une architecture économique destinée à exploiter les ressources du territoire.
Le 28 octobre 1906 naît l’UMHK. Trois jours plus tard, le 31 octobre, est créée la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga. Le 6 novembre suit la Société internationale forestière et minière du Congo, plus connue sous le nom de Forminière. En quelques semaines, les principales pièces d’un système économique sont donc mises en place : exploiter les ressources, construire les infrastructures nécessaires à leur transport et organiser leur exportation. À l’UMHK reviennent notamment une concession de 20 000 km² sur les gisements de cuivre du Katanga, ainsi qu’une concession distincte de 14 000 km² sur les gisements d’étain. L’échelle est considérable : la première superficie est comparable à celle de la Belgique.
Le problème n’est toutefois pas seulement de posséder les concessions. Il faut désormais transformer le minerai en production industrielle. Autour des premiers puits apparaissent progressivement des routes, des infrastructures et des habitations. Une ville grandit avec la mine : Élisabethville, future Lubumbashi. En 1911, à Ruashi, le premier lingot de cuivre est coulé. La production atteint alors 997 tonnes. Huit ans plus tard, l’UMHK produit déjà environ 22 000 tonnes de cuivre grâce à sept fours de fusion. Le Katanga, jusque-là éloigné des grands centres économiques, commence à changer de statut.
Cette croissance industrielle fait immédiatement apparaître une autre difficulté : la main-d’œuvre. Le Katanga est vaste et relativement peu peuplé au regard des besoins de l’industrie. L’UMHK doit donc recruter bien au-delà de ses concessions. En 1919, environ 8 500 travailleurs africains sont employés par la compagnie. Dix ans plus tard, ils sont 17 200. Ils viennent notamment de Rhodésie, du Lomami, du Kasaï, du Maniema ou encore du Ruanda-Urundi. Beaucoup parcourent plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre les mines. Dans cette première période, le recrutement repose aussi, comme dans d’autres secteurs de l’économie coloniale, sur des formes de contrainte et de travail forcé.
Les conditions de vie sont difficiles. La mortalité est élevée, la promiscuité importante et la discipline stricte. Mais cette situation pose également un problème à l’entreprise elle-même. Une main-d’œuvre constamment renouvelée est coûteuse et difficile à former. L’UMHK comprend progressivement qu’elle doit stabiliser ses travailleurs. Elle va donc développer autour de la mine un ensemble de services qui modifieront profondément le paysage social du Katanga.
II. Le paternalisme industriel (1920–1940)
À partir de 1924, puis plus nettement entre 1924 et 1926, l’UMHK modifie progressivement son système de recrutement et d’organisation du travail. Le recours au recrutement forcé recule et la compagnie cherche davantage à retenir les travailleurs. Les contrats deviennent pluriannuels, souvent d’une durée de trois ans ; le rapatriement est organisé et des cités ouvrières se développent autour des exploitations. La compagnie construit des logements en dur, améliore l’accès à l’eau et à l’assainissement et organise l’alimentation des travailleurs à travers des rations quotidiennes adaptées à leur activité.
À cela s’ajoutent les hôpitaux, les dispensaires et les écoles destinées notamment aux enfants des travailleurs. Le salaire reste cependant longtemps largement complété par des prestations en nature — nourriture, vêtements, logement — et le paiement généralisé en espèces ne se développera qu’au début des années 1950. Dans le même temps, les règlements internes encadrent la vie quotidienne dans les cités. La compagnie fournit donc des services sociaux, mais elle exerce également un contrôle important sur la population ouvrière.
C’est ce modèle que l’on désigne sous le terme de paternalisme industriel. L’UMHK ne se contente plus d’extraire du cuivre : elle organise une partie de la vie de ceux qui travaillent pour elle. Logement, santé, éducation, alimentation et discipline sont intégrés à un même système. La cité minière devient ainsi à la fois un outil de stabilisation de la main-d’œuvre et une composante essentielle du modèle industriel de la compagnie. Ce système laissera une empreinte durable sur les villes minières du Katanga.
Sur le plan de la production, l’UMHK change également d’échelle. Les 22 000 tonnes de cuivre produites en 1919 deviennent 50 000 tonnes en 1923, puis 139 000 tonnes en 1930. La crise économique mondiale provoque cependant un effondrement brutal : en 1932, la production tombe à 54 000 tonnes. La reprise est rapide et atteint de nouveau 110 000 tonnes en 1934. Entre-temps, l’UMHK diversifie ses activités. Le cuivre reste central, mais la compagnie produit également du cobalt, du zinc, du radium, du cadmium, du germanium, du manganèse, de l’argent, de l’or et de l’uranium.
En 1923, grâce notamment à sa raffinerie d’Olen, en Belgique, l’UMHK devient le premier producteur mondial de radium. En 1931, elle contrôle près des trois quarts de la production belge de zinc. Mais une autre ressource du Katanga commence à attirer l’attention : l’uranium. Le gisement de Shinkolobwe, découvert en 1915 par le géologue anglais Robert Rich Sharp, entre en exploitation en 1921. À cette époque, personne ne peut encore mesurer le rôle que ce minerai va jouer dans l’histoire du XXe siècle.
III. Le cuivre de guerre et l’uranium d’Hiroshima (1940–1945)
Shinkolobwe est un gisement exceptionnel. Certains minerais peuvent atteindre des teneurs en uranium allant jusqu’à 65 %. Après la guerre, la Commission américaine de l’énergie atomique considérera qu’un minerai à 0,3 % constitue déjà une découverte importante. Jusqu’en 1939, le minerai de Shinkolobwe est principalement envoyé vers Olen pour produire du radium. L’uranium est alors davantage considéré comme un sous-produit. La guerre va bouleverser cette hiérarchie.
Edgar Sengier, qui dirige l’UMHK, comprend rapidement que l’uranium du Katanga pourrait devenir stratégique. Au printemps 1940, le scientifique britannique Henry Tizard l’alerte sur le risque que les réserves d’uranium de l’Union minière tombent entre les mains de l’Allemagne nazie. Sengier fait alors déplacer une partie des stocks vers les ports belges et français. Mais l’invasion allemande intervient avant l’achèvement de l’opération. Plus de 2 000 tonnes de matières uranifères contenant environ 800 tonnes d’oxyde d’uranium (U₃O₈) sont saisies à Olen. Une partie alimentera le programme nucléaire allemand avant d’être récupérée en 1945 par les Alliés.
Sengier se trouve déjà aux États-Unis. À New York, il dispose d’environ 450 tonnes d’uranates bruts. Depuis le Katanga, il fait expédier 1 100 tonnes supplémentaires. Une partie est stockée dans un hangar de Staten Island. C’est là que se déroule l’un des épisodes les plus importants de l’histoire de Shinkolobwe.
Le 18 septembre 1942, Sengier rencontre le colonel américain Kenneth Nichols, adjoint du général Leslie Groves, responsable militaire du projet Manhattan. Nichols cherche de l’uranium ; Sengier en possède. Le responsable de l’UMHK accepte de vendre environ 1 200 tonnes stockées à Staten Island et ouvre aux Américains l’accès aux réserves de Shinkolobwe, où plusieurs milliers de tonnes sont disponibles en surface. La production reprend et les expéditions s’intensifient. En moyenne, environ 400 tonnes d’oxyde d’uranium sont expédiées chaque mois vers les États-Unis, notamment via Lobito puis Matadi. Deux cargaisons seulement sont perdues en mer.
Autour de Shinkolobwe, les mesures de sécurité se renforcent. Une garnison est installée, les aérodromes d’Élisabethville et de Léopoldville sont agrandis et les journalistes sont éloignés. La localisation de la mine disparaît progressivement des cartes officielles. Le gisement katangais devient une pièce du dispositif stratégique allié. En août 1945, les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki donnent à Shinkolobwe une place singulière dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Une partie importante de l’uranium utilisé par le programme nucléaire américain provenait du Katanga.
Derrière cette histoire mondiale se trouve cependant une réalité locale longtemps moins visible : celle des travailleurs congolais qui ont extrait ce minerai. La puissance stratégique de Shinkolobwe ne doit pas faire oublier que cette richesse était exploitée dans le cadre du système colonial de l’UMHK.
IV. Le sang du Katanga : la grève de décembre 1941

Pendant que l’uranium de Shinkolobwe devient un enjeu stratégique, la guerre bouleverse également le quotidien des travailleurs de l’UMHK. La demande mondiale de cuivre et de cobalt augmente, les cadences s’intensifient et les difficultés de ravitaillement se multiplient. En décembre 1941, les travailleurs de la compagnie se mettent en grève à Élisabethville. Ils réclament notamment de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
La réponse des autorités coloniales est brutale. Au stade Albert, les grévistes rassemblés sont pris pour cible par la Force publique, l’armée coloniale belge. Plusieurs dizaines de personnes meurent. Le bilan exact demeure discuté selon les sources, mais l’événement laisse une empreinte profonde dans l’histoire sociale du Katanga. La production, elle, continue : les mines et les installations industrielles restent en activité.
La grève de 1941 révèle cependant les limites du modèle paternaliste mis en place par l’UMHK. Les logements, les soins médicaux et les écoles ne suffisent pas à supprimer les tensions sociales. Derrière l’image d’une cité industrielle organisée, une population ouvrière commence à faire entendre des revendications qui dépassent la seule question des salaires. Le cuivre produit dans les mines du Katanga est désormais associé à une histoire industrielle, mais aussi à une histoire ouvrière marquée par les rapports de force de la période coloniale.
V. L’apogée : l’UMHK au sommet du monde (1945–1960)
Après la guerre, l’UMHK entre dans une nouvelle phase. La reconstruction mondiale stimule la demande de cuivre, tandis que le cobalt gagne en importance. Le Congo belge devient le quatrième producteur mondial de cuivre et l’UMHK s’impose comme un acteur majeur du marché du cobalt. À la veille de l’indépendance, la puissance industrielle de la compagnie est considérable.
En 1960, elle produit environ 280 000 tonnes de cuivre par an et son record atteint près de 300 000 tonnes, soit 7 à 8 % de la production mondiale. Elle représente également environ 60 % de la production d’uranium du monde occidental, 73 % du cobalt mondial et environ 10 % du cuivre mondial. L’entreprise dispose de 24 filiales au Congo, de centrales hydroélectriques, d’usines chimiques et de chemins de fer. Elle réalise environ 200 millions de dollars de ventes annuelles et affiche, en 1959, plus de 3,5 milliards de francs belges de bénéfices. À la fin de 1957, elle compte 2 156 travailleurs européens et 21 720 travailleurs africains.
Mais la puissance de l’UMHK ne se mesure pas uniquement à ses installations ou à ses volumes de production. Elle se lit aussi dans les finances de la colonie. En 1959, les droits d’exportation versés par la compagnie représentent environ la moitié des recettes gouvernementales. Certaines années, l’impôt prélevé par la Belgique sur l’UMHK atteint jusqu’à 66 % des recettes de la compagnie. Le cuivre ne finance donc pas seulement l’entreprise : il contribue directement au fonctionnement du système colonial.
C’est là que se trouve l’une des clés de l’histoire qui va suivre. À mesure que l’UMHK devient plus rentable, l’économie du Congo devient aussi plus dépendante de son industrie minière. La compagnie est désormais suffisamment importante pour que ses décisions aient des conséquences dépassant largement ses propres intérêts. À l’approche de l’indépendance, la question n’est donc plus seulement de savoir qui possède les mines, mais qui contrôle les revenus qu’elles génèrent.
VI. La sécession katangaise : quand une compagnie se retrouve au cœur de la crise (1960–1963)
Le 30 juin 1960, le Congo accède à l’indépendance. Patrice Lumumba devient Premier ministre. Mais l’indépendance politique ne signifie pas immédiatement une rupture avec les structures économiques héritées de la période coloniale. Les grandes compagnies conservent leurs infrastructures, leurs réseaux commerciaux et une grande partie de leurs compétences techniques. L’UMHK occupe une position particulière : elle contrôle une part essentielle de l’économie du Katanga.
Quelques jours avant l’indépendance, le 17 juin 1960, une loi permet aux sociétés actives au Congo d’adopter la nationalité belge et de se placer sous la protection de la Belgique. Puis, le 11 juillet, Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga. La province minière la plus riche du pays se sépare de Kinshasa et l’UMHK se retrouve au centre d’un conflit qui dépasse largement le cadre industriel.
Selon plusieurs sources, dont la commission d’enquête parlementaire belge consacrée à l’assassinat de Patrice Lumumba, l’UMHK transfère 1,25 milliard de francs belges au pouvoir katangais. Cette somme est présentée comme une avance sur les impôts de 1960 qui auraient dû être versés au gouvernement central. Pour le pouvoir sécessionniste, ce financement représente une ressource considérable. L’UMHK devient ainsi un acteur économique majeur dans la crise katangaise.
La compagnie est également soupçonnée par l’ONU de fournir des armes et des munitions et de participer à la fabrication de matériel militaire pour la gendarmerie katangaise. L’UMHK conteste ces accusations. Elle reconnaît toutefois avoir versé d’importantes redevances minières au gouvernement sécessionniste, affirmant avoir agi sous la contrainte des circonstances. Le débat sur le rôle exact de la compagnie reste étroitement lié à celui, plus large, des intérêts économiques étrangers dans la crise congolaise.
Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba est assassiné au Katanga. Des responsables belges et katangais sont impliqués dans les circonstances de sa mort. La question minière n’explique évidemment pas à elle seule la crise congolaise, mais elle constitue l’un des éléments du contexte dans lequel s’affrontent souveraineté politique, intérêts économiques et influences étrangères.
En janvier 1963, une intervention militaire de l’ONU met fin à la sécession katangaise. Le Katanga revient dans le Congo. L’UMHK, elle, reste en place. Mais le rapport de force évolue. Le nouvel État congolais veut désormais reprendre le contrôle de ses ressources naturelles. Quelques années plus tard, Mobutu va engager cette confrontation directement.
VII. Mobutu et la nationalisation (1965–1967)

Le 24 novembre 1965, Mobutu prend le pouvoir. Son régime entend renforcer l’autorité de l’État sur les ressources stratégiques du pays. Dans le secteur minier, le principe devient progressivement celui d’une reprise en main des droits accordés avant l’indépendance.
Deux ordonnances-lois viennent modifier les règles du jeu. La première impose aux sociétés dont le siège d’exploitation se trouve au Congo d’y établir leur siège social et administratif. La seconde, connue sous le nom de loi Bakajika, affirme la pleine disposition par l’État congolais des droits fonciers, forestiers et miniers concédés avant le 30 juin 1960.
Pour l’UMHK, le changement est majeur. La compagnie tente de négocier et propose la création d’une société de droit congolais à laquelle seraient transférés ses actifs au Congo, avec une répartition de 50 % pour l’État et 50 % pour l’UMHK. Kinshasa refuse. Le principe défendu par le pouvoir est plus radical : les ressources du sous-sol doivent relever de l’État.
Le 31 décembre 1966, Mobutu passe à l’acte. Les avoirs de l’UMHK au Congo sont transférés à une nouvelle société de droit congolais, la Générale congolaise des minerais (Gecomin). L’État congolais en détient 60 %. Après six décennies de présence, l’UMHK perd ainsi le contrôle direct de ses actifs congolais.
La rupture est pourtant moins totale qu’elle ne peut le paraître. Une industrie minière ne repose pas uniquement sur ses gisements. Elle dépend également de compétences techniques, de réseaux commerciaux, de clients, de financements, de technologies et de savoir-faire accumulés sur plusieurs décennies. La nouvelle entreprise publique doit continuer à vendre le cuivre sur les marchés internationaux, alors que nombre de ces circuits restent liés aux anciennes structures belges.
Le 15 février 1967, un accord belgo-congolais est donc signé. La Gecomin est associée à la Société générale des minerais, filiale de la Société générale de Belgique. La SGM s’engage à maintenir le potentiel technique de la Gecomin et à commercialiser sa production. En contrepartie, elle perçoit 4,5 % de la valeur de la production. L’UMHK reçoit de son côté une indemnisation étalée sur quinze ans, sous la forme de 6 % de la valeur de la production versés à la SGM. En 1970, la convention est renégociée et l’UMHK reçoit finalement une indemnité forfaitaire de quatre milliards, entièrement versée à la fin de 1976.
La nationalisation a donc changé le propriétaire des actifs, mais elle n’efface pas instantanément les réseaux industriels construits pendant la période coloniale. Le Congo contrôle désormais les mines, mais doit encore composer avec les mécanismes commerciaux et techniques indispensables à leur fonctionnement.
1971–1972 : la naissance de la Gécamines
En 1971, le Congo change de nom et devient le Zaïre. L’entreprise minière publique connaît elle aussi une nouvelle identité. La Gecomin devient Gécomines, puis, autour de 1972, prend le nom qui deviendra emblématique de l’industrie minière congolaise : Gécamines, Générale des carrières et des mines.
L’héritière de l’UMHK dispose alors d’un patrimoine industriel considérable. Mines, usines, centrales hydroélectriques, chemins de fer, infrastructures urbaines et cités minières sont désormais placés sous le contrôle de l’État. La nouvelle entreprise publique ne part donc pas de rien. Elle récupère une infrastructure industrielle construite pendant plusieurs décennies et un savoir-faire accumulé autour du cuivre et du cobalt.
Mais elle hérite également d’une économie profondément structurée autour du secteur minier. Dans les années qui suivent, la Gécamines deviendra à son tour un géant industriel et l’un des principaux piliers financiers du Zaïre. À son apogée, elle fournira jusqu’à 70 % du produit national brut du pays et la quasi-totalité de ses recettes en devises.
La transformation de l’UMHK en Gécamines marque donc moins la fin d’un modèle que son transfert à un nouvel acteur.
Épilogue — Ce que l’UMHK a réellement laissé
En 1972, l’empire du roi n’existe plus. Le Congo est devenu le Zaïre, l’UMHK a disparu du paysage minier congolais et la Gécamines en est devenue l’héritière. Pourtant, derrière le changement de nom et de propriétaire, une grande partie de l’architecture économique construite depuis 1906 demeure.
L’UMHK laisse d’abord un immense patrimoine industriel : des mines, des usines, des centrales hydroélectriques, des chemins de fer et des cités ouvrières. Elle laisse également un modèle social qui a profondément marqué le Katanga, celui de la cité minière organisée autour de l’entreprise, avec ses logements, ses écoles, ses hôpitaux et ses mécanismes de discipline. Elle laisse enfin un modèle économique fondé sur une forte dépendance aux revenus miniers.
C’est probablement cet héritage qui permet de comprendre la trajectoire de la Gécamines. L’entreprise publique va devenir l’un des principaux instruments économiques du régime de Mobutu, avant de connaître à son tour les effets des crises économiques, de la dégradation des infrastructures, des guerres et de la libéralisation progressive du secteur minier à partir des années 1990 et 2000.
L’histoire de l’UMHK ne se résume donc pas à celle d’une compagnie belge devenue un empire avant d’être nationalisée. Elle raconte la construction d’un modèle économique dans lequel le cuivre devient à la fois une richesse, une source de recettes publiques, un instrument de puissance et une dépendance.
En 1906, Léopold II signe le décret qui donne naissance à l’UMHK. En 1972, la Gécamines en devient l’héritière. Entre ces deux dates, soixante-six années ont suffi pour transformer le Katanga en cœur industriel du Congo, faire du cuivre une ressource stratégique mondiale et inscrire l’industrie minière au centre de l’histoire politique du pays.
Le cuivre a changé de mains. Mais il n’a jamais cessé de définir, en profondeur, le rapport du Congo à son sous-sol.
Et l’histoire ne fait que commencer.
Olito MUKINZI




