La Véranda Mutsanga hausse le ton après le massacre de Cantine-Aloya. Dans une correspondance adressée au gouverneur militaire du Nord-Kivu, Aristote Mathe condamne l’attaque survenue dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026 dans le groupement Baswagha-Madiwe, territoire de Beni.
Le bilan provisoire communiqué par la société civile locale fait état d’au moins 33 à 35 civils tués. L’incursion aurait également entraîné des incendies de maisons et de structures sanitaires, ainsi que des déplacements de populations.
Face à cette nouvelle tragédie dans l’Est de la République démocratique du Congo, le responsable de la Véranda Mutsanga demande aux autorités provinciales de revoir leur approche sécuritaire et de s’attaquer aux circuits économiques susceptibles d’alimenter les groupes armés.
Lubero : l’exploitation minière dans le viseur
La principale revendication portée par Aristote Mathe concerne la suspension immédiate de l’exploitation de l’or et des autres minerais sur l’ensemble du territoire de Lubero.
Pour justifier cette mesure, le responsable citoyen met en avant les liens qu’il établit entre l’exploitation aurifère, les circuits commerciaux clandestins et le financement des groupes armés.
Il évoque notamment les travaux de l’organisation américaine The Sentry, qui documentent les mécanismes de financement de groupes armés dans la région des Grands Lacs, notamment à travers l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles.
Selon Aristote Mathe, les réseaux liés à l’or peuvent constituer une source de financement pour les groupes armés, à travers le contrôle de sites d’exploitation, la taxation des activités minières ou la circulation clandestine des minerais.
Dans cette perspective, la suspension de l’exploitation minière à Lubero est présentée comme un moyen de réduire les ressources susceptibles de soutenir les activités des combattants.
« Coupons tous les moyens qui peuvent faciliter à l’ennemi de se ravitailler », exhorte-t-il dans sa lettre ouverte.
Les témoignages des déplacés au cœur de l’interpellation
Aristote Mathe s’appuie également sur des témoignages de personnes déplacées recueillis à Butembo.
Selon les éléments qu’il rapporte, les assaillants auraient emprunté la route en direction du territoire de Lubero pour mener leur incursion.
Ces témoignages alimentent ses préoccupations sur les déplacements des combattants et les possibilités de ravitaillement dans les zones affectées par l’insécurité.
La Véranda Mutsanga estime ainsi que la réponse sécuritaire ne devrait pas se limiter aux opérations militaires, mais également prendre en compte les réseaux économiques qui peuvent contribuer au maintien des groupes armés.
Le gouverneur militaire interpellé
En adressant directement sa lettre au général-major Kakule Evariste Somo, Aristote Mathe entend attirer l’attention du commandement provincial sur la nécessité de renforcer la protection des populations et de revoir les mécanismes de lutte contre les activités économiques clandestines.
Pour la Véranda Mutsanga, l’assèchement des sources de financement des ADF constitue un élément important de la stratégie visant à réduire leurs capacités opérationnelles.
La suspension de l’exploitation minière à Lubero, telle que réclamée dans cette correspondance, demeure toutefois une revendication de la structure citoyenne. Sa mise en œuvre nécessiterait une décision des autorités compétentes et une appréciation de ses conséquences sur les activités économiques locales.
Au-delà de cette proposition, l’interpellation remet au centre du débat la question des liens entre exploitation des ressources naturelles, circuits commerciaux illicites et insécurité dans l’est de la RDC.
Alors que les populations de Beni et de Lubero continuent de subir les conséquences des violences, la Véranda Mutsanga appelle les autorités provinciales à agir sur les facteurs susceptibles d’entretenir les capacités des groupes armés.
Azarias Mokonzi




