À Doko, siège de l’exploitation de Kibali Gold Mine, les travailleurs de l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique ont troqué pour un temps le casque et le gilet contre le ruban rose et le nœud bleu. Au menu : sensibilisation et dépistage des cancers du sein, du col de l’utérus et de la prostate.
DURBA – Ici, d’ordinaire, on parle tonnes de minerai, galeries et onces d’or. Ce jour-là, les conversations ont pris un autre tour. Vêtus de rose et de bleu, femmes et hommes de Kibali Gold Mine ont convergé vers Doko, à quelques kilomètres de la cité minière de Durba, pour une campagne qui jumelle « Octobre Rose », dédié aux cancers féminins, et « Novembre Bleu », consacré à la santé masculine.

Devenu un rendez-vous annuel, l’événement s’est transformé en véritable forum. Prévention, modes de vie sains, peur du diagnostic : les échanges ont abordé sans détour des maladies encore largement entourées de silence au Congo.
« Connaître son état de santé »
Les femmes de la mine ont donné le ton. Cadre au département des Finances et présidente du collectif des femmes de Kibali, Grace Rukia a salué la détermination de ses collègues à se faire dépister, malgré les exigences d’un métier qui laisse peu de répit.
« Connaître son état de santé est un prérequis essentiel pour s’épanouir tant sur le plan familial que professionnel, et maintenir les standards d’excellence qui font la réputation de Kibali », a-t-elle plaidé.
Un message qui dépasse les grilles de la concession. En RDC, les cancers du sein et du col de l’utérus sont encore trop souvent découverts à un stade avancé, faute d’examens accessibles et d’information. Or, dépistés tôt, ils se soignent beaucoup mieux.
La signature Barrick

Côté direction, c’est Nathan Madu, directeur du département Engineering, qui représentait le directeur général Jan Jacobs. Entouré du comité de gestion, il a présenté ce double programme comme partie intégrante de la culture de Barrick, l’opérateur de la mine, qui dit placer la santé et la sécurité de son personnel au sommet de ses priorités.
Les lauriers sont allés au département des Ressources humaines, dirigé par Santa Aziz et représenté par son adjoint Hervé Fahri, cheville ouvrière de l’organisation.
Pour une exploitation de cette envergure, le calcul est aussi économique. Un personnel suivi médicalement, ce sont moins d’absences, moins d’évacuations sanitaires vers la capitale et une main-d’œuvre qualifiée préservée dans une région enclavée.
Des spécialistes venus de Kinshasa
L’encadrement médical n’a pas été laissé au hasard. Deux spécialistes des Cliniques universitaires de Kinshasa, les docteurs Jésual Lotoy Banza et Fanfan Milau Ibala, ont conduit les examens. À leurs côtés, Hénoch Mavinga Puabu, professeur assistant à la Faculté de psychologie et psychothérapie de l’Université pédagogique nationale, était là pour accompagner l’annonce des résultats et l’angoisse qui l’entoure. Sur place, l’équipe du Centre médical de Kibali a supervisé les opérations.
Au-delà de l’or

La campagne s’inscrit dans une longue série d’interventions sanitaires de Kibali dans le Haut-Uele. La mine s’était notamment illustrée lors de la riposte contre Ebola, par des actions de terrain et des dons d’équipements médico-sanitaires mobiles.
Dans une province où les structures de santé se comptent sur les doigts de la main, l’initiative comble une partie du vide. Reste à savoir combien de travailleurs ont été dépistés cette année, et si, demain, ces campagnes s’ouvriront plus largement aux familles et aux communautés riveraines.
À Doko, en tout cas, le message est passé : la première richesse d’une mine, ce sont ceux qui la font tourner.

Olito MUKINZI




