Alors que la République démocratique du Congo engage une nouvelle campagne de cartographie géophysique et géologique de son sous-sol, des voix saluent une initiative appelée à renforcer la connaissance du patrimoine minier national.
Le député national honoraire de Walikale, au Nord-Kivu, Juvénal Munubo, s’est félicité du lancement de cette nouvelle campagne, mettant en avant l’intérêt de la géophysique aéroportée et des technologies numériques pour mieux identifier les potentialités du sous-sol congolais.
Pour cet acteur politique, disposer de données précises sur les ressources naturelles du pays constitue un enjeu qui dépasse le seul cadre scientifique.
« Il est important d’avoir une estimation réelle de nos ressources naturelles pour garantir une exploitation en connaissance de cause et au bénéfice de la population et du pays », a déclaré Juvénal Munubo.
Plusieurs décennies de travaux géologiques
La connaissance géologique de la RDC s’est construite au fil de plusieurs décennies de recherches et de campagnes de cartographie.
En 1951, Lucien Cahen et Jacques Lepersonne publient notamment une carte géologique du Congo belge et du Ruanda-Urundi, qui constitue l’une des grandes synthèses de la connaissance géologique du territoire à cette époque. Trois ans plus tard, Cahen publie Géologie du Congo belge, autre ouvrage majeur de synthèse.
Plus récemment, le Projet d’appui au secteur minier (PROMINES), soutenu notamment par la Banque mondiale, a permis d’acquérir et de moderniser plusieurs données géologiques et géophysiques. Le programme a notamment contribué à la production de cartes géologiques et de cartes des occurrences minérales de la RDC.
Malgré ces avancées, une partie du territoire demeure insuffisamment documentée par des données géoscientifiques modernes à haute résolution.
La technologie au service de la connaissance du sous-sol
La nouvelle campagne de cartographie mise notamment sur des levés géophysiques aéroportés. Des aéronefs équipés de capteurs spécialisés doivent permettre de collecter différentes données sur les caractéristiques du sous-sol, avant leur traitement et leur interprétation.
Cette approche doit permettre de repérer des anomalies géophysiques susceptibles d’orienter les recherches ultérieures, sans nécessiter dans un premier temps des travaux lourds sur le terrain.
Pour la RDC, l’enjeu est de disposer progressivement d’une base de données géoscientifiques plus complète afin de mieux cibler les travaux d’exploration et de réduire les incertitudes liées à la recherche minière.
Walikale, un territoire particulièrement concerné
Pour des territoires enclavés et à fort potentiel minier comme Walikale, cette amélioration de la connaissance du sous-sol pourrait constituer un outil supplémentaire d’aide à la planification.
La région est notamment connue pour ses activités minières artisanales et pour la présence de minerais tels que l’or, la cassitérite et le coltan. Une meilleure connaissance géologique pourrait, selon les orientations retenues par les autorités, contribuer à mieux structurer l’exploration et à renforcer la planification du secteur.
Mais la cartographie ne constitue pas, à elle seule, une garantie contre l’exploitation illégale ou la mauvaise gouvernance. Elle doit être accompagnée d’un encadrement efficace des activités minières, d’un contrôle des titres, d’une meilleure traçabilité des minerais et d’une application effective de la réglementation.
La donnée comme outil de souveraineté
Pour Juvénal Munubo, la maîtrise de l’information géologique constitue également un enjeu de souveraineté.
Une connaissance plus précise du patrimoine minier peut permettre à l’État de mieux apprécier les potentialités de son territoire, d’orienter ses politiques d’exploration et de disposer d’une base scientifique plus solide dans ses discussions avec les investisseurs.
À terme, l’enjeu sera donc de transformer ces nouvelles données en décisions concrètes : planification minière, développement des infrastructures, investissements responsables, transformation locale et retombées économiques pour les communautés.
La nouvelle cartographie géophysique apparaît ainsi comme une étape supplémentaire dans la construction d’une connaissance plus moderne du sous-sol congolais. Pour la RDC, le véritable défi sera désormais de faire de cette connaissance scientifique un outil de développement et de souveraineté au bénéfice du pays et de ses populations.
Azarias Mokonzi




