Dans le territoire de Mambasa, en province de l’Ituri, des organisations de défense des droits humains dénoncent une nouvelle dérive dans l’exploitation artisanale de l’or. Des éléments se réclamant des Wazalendo sont accusés d’utiliser des civils arrêtés comme main-d’œuvre forcée dans plusieurs carrières minières de la région.
L’alerte a été lancée ce vendredi 31 juillet 2026 par Rams Malikidogo, défenseur des droits humains et acteur de la société civile locale. Selon lui, des habitants interpellés pour des faits mineurs ou incapables de payer des amendes imposées par ces groupes seraient conduits de force dans des sites aurifères afin d’extraire de l’or au profit des miliciens.
Des arrestations transformées en système d’exploitation
D’après les témoignages recueillis par cet acteur de la société civile, ces pratiques seraient particulièrement signalées dans les sites miniers de Soumu, Elota et Mabutuha.
Le mécanisme dénoncé reposerait sur des arrestations arbitraires suivies d’une obligation de travailler dans les carrés miniers contrôlés ou influencés par ces combattants. Les personnes concernées ne seraient pas transférées vers les autorités judiciaires compétentes, mais directement affectées à des activités d’exploitation aurifère.
« Les personnes arrêtées sont utilisées comme une main-d’œuvre pour extraire de l’or. Ces faits se sont déroulés à Elota, Mabutuha et à Soumu. À Soumu, ils avaient arrêté un certain Olivier qui a été amené dans un carré minier pour exploiter de l’or », affirme Rams Malikidogo.
Des amendes imposées aux habitants
Le défenseur des droits humains évoque également un système de sanctions financières imposées aux populations locales. Lorsque certains habitants ne seraient pas en mesure de payer les montants exigés, ils seraient contraints de travailler dans les mines pour « rembourser » ces dettes.
« Ils ont exigé une amende à un habitant, et lorsqu’il avait dit qu’il n’avait rien, ils l’avaient conduit dans un carré minier pour exploiter de l’or », explique-t-il.
Ces accusations mettent en lumière un phénomène plus large dans plusieurs zones minières de l’Est de la RDC, où l’absence d’autorité étatique effective favorise l’émergence de réseaux parallèles contrôlant à la fois la sécurité locale et l’accès aux ressources naturelles.
Des Wazalendo accusés de dérive
Initialement présentés comme des groupes d’autodéfense engagés contre les forces armées étrangères et les groupes rebelles actifs dans l’Est du pays, certains éléments Wazalendo sont aujourd’hui accusés par des acteurs locaux de s’être éloignés de leur mission initiale.
Pour la société civile de Mambasa, l’implication présumée de certains combattants dans l’exploitation minière illégale constitue une menace supplémentaire pour les populations civiles et la gouvernance des ressources naturelles.
Appel à un recadrage des groupes armés locaux
Face à cette situation, Rams Malikidogo appelle les autorités militaires et politiques à intervenir rapidement afin de mettre fin à ces pratiques.
Selon lui, les groupes d’autodéfense doivent être recentrés sur leur mission première : contribuer à la sécurisation des populations et à la lutte contre les groupes armés, notamment les Forces démocratiques alliées (ADF), plutôt que de participer à l’exploitation clandestine des ressources minières.
Dans une province où l’or alimente depuis plusieurs années des réseaux économiques parallèles, cette nouvelle alerte relance le débat sur le contrôle des sites artisanaux, la protection des civils et la nécessité de renforcer l’autorité de l’État dans les zones minières de l’Ituri.
Azarias Mokonzi




