Alors que la demande mondiale en minerais critiques s’accélère sous l’effet de la transition énergétique, la République démocratique du Congo entend renforcer sa connaissance du sous-sol afin d’attirer davantage d’investissements. Intervenant lors du panel consacré à « l’exploration minière : de l’incertitude géologique à la planification », organisé dans le cadre de la DRC Mining Week 2026, le Directeur général du Service Géologique National du Congo (SGN-C), Raoul Wazenga Vitima, a mis en lumière les efforts engagés pour moderniser et enrichir la Banque Nationale des Données Géologiques (BNDG).
Pour le patron du SGN-C, l’enjeu est stratégique : disposer de données géologiques fiables, accessibles et actualisées afin de réduire les risques liés à l’exploration et de renforcer l’attractivité de la RDC auprès des investisseurs.
« Les données existent déjà à différents niveaux. Elles sont logées au sein de la Banque Nationale des Données Géologiques, alimentée notamment par les travaux du projet PROMINES, les études réalisées par plusieurs sociétés opérant en RDC ainsi que les premières données issues du partenariat avec Xcalibur », a-t-il expliqué.
Numériser le passé pour préparer l’avenir

L’ambition du SGN-C va toutefois bien au-delà de la simple conservation des données existantes. L’établissement a engagé un vaste processus de numérisation des archives géologiques historiques conservées à Tervuren, en Belgique, avec l’objectif de les intégrer dans une plateforme nationale moderne et centralisée.
« Nous sommes dans l’ère des nouvelles technologies. La première étape consiste à récupérer sous format numérique toutes les archives, cartes et données géologiques conservées à Tervuren afin de les intégrer dans notre banque nationale », a précisé Raoul Wazenga.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du vaste programme de cartographie géophysique aéroportée confié à Xcalibur Smart Mapping. Le projet, qui sera accompagné de travaux de terrain sous la supervision du SGN-C, devrait livrer ses premiers résultats dans un délai d’environ trois ans.
Selon le Directeur général du SGN-C, le recours aux nouvelles technologies permettra d’accélérer considérablement la production de données géoscientifiques de qualité.
« Le temps n’est pas notre allié. La demande mondiale en métaux critiques est forte. Nous devons avancer rapidement pour mettre à la disposition du gouvernement des données fiables et accessibles, capables d’attirer de nouveaux investissements dans le contexte de la transition énergétique », a-t-il souligné.
Les investisseurs réclament davantage de données

L’intervention de Raoul Wazenga a trouvé un écho favorable auprès des acteurs privés présents au panel. Directeur général de KoBold Metals RDC, Benjamin Katabuka a confirmé que la disponibilité des données géologiques constitue l’un des principaux critères orientant les décisions d’investissement dans l’exploration minière.
« Une entreprise d’exploration investit d’abord là où les données existent. Malheureusement, notre pays ne dispose pas encore de suffisamment de données dans plusieurs régions », a-t-il déclaré.
Le responsable de KoBold Metals a notamment cité le territoire de Manono comme exemple. Selon lui, les informations disponibles sur le gisement de lithium de Kitotolo, considéré parmi les plus importants au monde, ont largement motivé les investissements de son entreprise dans cette région.
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà des considérations techniques, les échanges ont mis en évidence une réalité de plus en plus déterminante : à l’heure où la compétition mondiale pour les minerais stratégiques s’intensifie, la maîtrise de la connaissance géologique devient un véritable levier de souveraineté économique.
Pour la République démocratique du Congo, l’exploitation du potentiel minier de demain passera d’abord par une meilleure connaissance scientifique de son sous-sol et par la capacité à transformer cette information en avantage compétitif sur la scène internationale.
Junior Ngandu




