Depuis plus de deux décennies, l’exploitation illicite des ressources naturelles demeure l’un des principaux carburants des conflits armés dans l’est de la République démocratique du Congo. Parmi les minerais les plus convoités figure le coltan, indispensable à la fabrication des téléphones portables, ordinateurs, équipements électroniques et technologies de pointe.
Dans un entretien accordé à RFI, Alex Kopp, chercheur au sein de l’ONG Global Witness, estime que les mécanismes internationaux de contrôle du commerce des minerais restent largement insuffisants pour empêcher que le coltan extrait dans les zones de conflit continue d’alimenter les groupes armés, notamment le M23.
Une chaîne d’approvisionnement sous pression
Pour Global Witness, le problème ne réside pas uniquement dans l’extraction du minerai, mais dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement internationale.
Les entreprises actives dans le négoce, le raffinage et la transformation des minerais disposent théoriquement d’obligations de vigilance leur imposant de vérifier l’origine de leurs approvisionnements et d’éviter tout achat susceptible de financer un conflit armé.
« Les entreprises le long de la chaîne d’approvisionnement peuvent et doivent améliorer leur diligence raisonnable », affirme Alex Kopp.
Selon lui, dès lors qu’un risque sérieux existe quant à l’origine d’un minerai, les acheteurs devraient suspendre leurs approvisionnements jusqu’à ce que toutes les garanties nécessaires soient réunies.
Pourtant, malgré l’existence de mécanismes internationaux de certification et de traçabilité, les critiques persistent.
Global Witness estime que certains acteurs économiques continuent à s’appuyer sur des systèmes de contrôle insuffisants ou incapables de détecter efficacement les circuits de contrebande.
« Depuis plus de vingt-cinq ans, ce conflit perdure et les multinationales continuent de s’approvisionner auprès des mêmes réseaux commerciaux », déplore le chercheur.
Pour l’organisation, cette situation traduit autant les limites des dispositifs actuels que l’absence de volonté politique de certains acteurs économiques à rompre définitivement avec les chaînes d’approvisionnement à risque.
Le Rwanda dans le viseur de Global Witness
Au-delà des entreprises privées, le rapport de Global Witness pointe également le rôle du Rwanda dans les circuits régionaux du coltan.
L’organisation soutient que des quantités importantes de minerais extraits dans des zones sous influence de groupes armés en RDC continueraient d’être exportées à travers le Rwanda avant d’intégrer les marchés internationaux.
Face à cette situation, Global Witness appelle la communauté internationale à adopter des mesures plus fermes contre les acteurs impliqués dans ces circuits.
Parmi les pistes avancées figurent notamment :
- Le renforcement des sanctions ciblées contre les responsables du M23 ;
- Le gel des avoirs des personnes ou entreprises impliquées dans les réseaux de financement du conflit ;
- Des restrictions de voyage visant certains responsables politiques et militaires ;
- Le conditionnement de certaines formes d’assistance internationale au respect des engagements régionaux en matière de sécurité.
L’organisation estime que ces mesures pourraient contribuer à réduire les ressources financières dont disposent les groupes armés opérant dans l’est de la RDC.
Couper les flux financiers sans négliger la diplomatie
Pour Global Witness, l’assèchement des revenus tirés du commerce illicite du coltan constituerait un levier important pour affaiblir les capacités opérationnelles des groupes armés.
Toutefois, Alex Kopp souligne qu’une approche exclusivement sécuritaire ou économique ne suffira pas à résoudre durablement la crise.
« Couper ce lien financier aurait certainement un impact majeur, mais la solution définitive ne se trouvera pas dans les combats sur le terrain », estime-t-il.
L’ONG considère que la réduction des revenus issus des minerais de conflit doit s’accompagner d’efforts diplomatiques renforcés, de mécanismes régionaux de dialogue et d’un engagement accru de la communauté internationale en faveur des processus de paix.
Un enjeu mondial
Au-delà de la seule région des Grands Lacs, le dossier du coltan soulève une question plus large : celle de la responsabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales dans les conflits liés aux ressources naturelles.
Alors que la demande mondiale en minerais critiques ne cesse de croître sous l’effet de la transition numérique et énergétique, la pression s’intensifie sur les entreprises pour garantir une traçabilité crédible de leurs approvisionnements.
Pour les défenseurs de la gouvernance minière, l’enjeu est désormais double : empêcher que les minerais stratégiques financent les conflits armés et faire en sorte que leur exploitation contribue réellement au développement des populations vivant dans les régions productrices.
Azarias Mokonzi




