Le projet du couloir vert Kivu-Kinshasa, présenté comme l’une des grandes initiatives environnementales de la République démocratique du Congo, se retrouve au cœur d’un débat sur la compatibilité entre conservation des écosystèmes et exploitation des ressources naturelles.
Alors que ce corridor vise à préserver une vaste partie du patrimoine forestier congolais, Greenpeace Afrique alerte sur les risques liés à la coexistence, dans le même espace, de projets miniers et pétroliers susceptibles d’accroître la pression sur les milieux naturels.
Un corridor stratégique pour les forêts du bassin du Congo
S’étendant sur près de 550 000 kilomètres carrés, entre Kinshasa et les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le couloir vert Kivu-Kinshasa ambitionne de devenir un vaste espace de conservation intégrant des forêts tropicales, des zones de biodiversité exceptionnelle et des territoires communautaires.
Le projet s’inscrit dans la volonté des autorités congolaises de renforcer la protection du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical au monde après l’Amazonie, dont les écosystèmes jouent un rôle majeur dans la régulation climatique mondiale.
Pour ses promoteurs, cette initiative doit également contribuer à développer une économie verte fondée sur la conservation, les services environnementaux et la valorisation durable des ressources naturelles.
Greenpeace pointe une contradiction avec les activités extractives
Mais cette ambition environnementale se heurte à une réalité économique : le même territoire abrite également d’importantes potentialités minières et énergétiques.
Dans une analyse relayée par RFI, Greenpeace Afrique estime que l’avenir du couloir vert pourrait être fragilisé par la multiplication des activités extractives dans son périmètre.
L’organisation environnementale évoque notamment l’attribution de blocs pétroliers ainsi que l’existence de plusieurs concessions minières susceptibles d’exercer une pression supplémentaire sur les forêts, les tourbières et les espaces occupés par les communautés locales.
Selon Greenpeace, certaines zones écologiquement sensibles, notamment dans l’est du pays, pourraient être particulièrement exposées aux conséquences d’une exploitation mal encadrée.
La Réserve de faune à okapis parmi les zones sensibles
L’ONG cite notamment les risques pesant sur des espaces protégés comme la Réserve de faune à okapis, située dans la province de l’Ituri, considérée comme un patrimoine naturel majeur de la RDC.
Pour Greenpeace Afrique, la coexistence entre objectifs de conservation et développement extractif nécessite une planification plus cohérente afin d’éviter que les activités économiques ne compromettent les engagements environnementaux du pays.
Kinshasa face au défi de la cohérence politique
Pour Bonaventure Bondo, chargé de campagne forêt à Greenpeace Afrique, la RDC doit désormais démontrer une cohérence entre son ambition internationale en matière de protection de l’environnement et ses choix en matière de gestion des ressources naturelles.
L’organisation estime que le pays ne peut simultanément défendre son rôle de gardien du bassin du Congo tout en autorisant des activités susceptibles d’accélérer la dégradation des écosystèmes dans les mêmes zones.
Greenpeace appelle ainsi le gouvernement congolais à suspendre l’octroi de nouveaux permis d’exploitation dans le périmètre du couloir vert Kivu-Kinshasa et à renforcer les mécanismes d’évaluation environnementale avant toute décision liée aux ressources naturelles.
Un arbitrage stratégique pour la RDC
Le débat autour du couloir vert illustre l’un des grands défis auxquels fait face la RDC : concilier son statut de puissance minière mondiale avec son rôle de gardienne d’un patrimoine écologique d’importance planétaire.
Entre les impératifs de développement économique, la nécessité d’attirer des investissements et les exigences de protection climatique, Kinshasa devra trouver un équilibre capable de garantir que l’exploitation des ressources naturelles ne se fasse pas au détriment des générations futures.
Dans un contexte où les forêts congolaises occupent une place centrale dans les stratégies mondiales de lutte contre le changement climatique, la gouvernance de ce corridor pourrait devenir un test majeur de la capacité du pays à concilier croissance économique et transition écologique.
Pierre Kabakila




