À Kasapa, à Fungurume, à Kamituga, les habitants ne parlent ni de géopolitique ni de cours du cuivre. Ils parlent d’eau, de terres, de salaires et de santé. Quatrième épisode : ce que la présence chinoise change dans la vie quotidienne des riverains.
Lubumbashi, novembre 2025 : l’eau acide dans les rues
Début novembre 2025, la géomembrane du bassin principal de rétention de Congo Dongfang Mining (CDM), filiale du groupe Zhejiang Huayou Cobalt, cède. Des eaux chargées d’acide envahissent les quartiers de Kasapa, Kamatete et Kamisepe, en périphérie de Lubumbashi. Les habitants craignent pour leurs puits, leurs potagers et les poissons vendus sur les marchés.
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, suspend l’entreprise pour trois mois et exige réparation. L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) dénonce toutefois une réponse initiale de l’entreprise limitée à des distributions de bouteilles d’eau et de masques. Selon l’IRDH, CDM a ensuite été condamnée à une amende de 6,63 millions de dollars, assortie de 6 millions de réparation collective, un montant que l’organisation juge faible. En février 2026, la ministre de l’Environnement, Marie Nyange, a fait sceller le site et conditionné toute reprise à une évaluation approfondie des risques.
Un problème qui dépasse une seule entreprise
L’affaire CDM n’est pas un accident isolé. Le 28 janvier 2026, la commission de contrôle du ministère des Mines a publié un rapport préliminaire relevant des irrégularités récurrentes dans le secteur, dont des insuffisances dans le suivi de la stabilité des bassins de rejets, selon Mongabay. Des ONG comme Resource Matters rappellent que des cas similaires ont déjà été documentés dans le Haut-Katanga et le Lualaba, souvent sans suite.
Pour les riverains, la question n’est pas la nationalité de l’exploitant mais l’efficacité du contrôle. Une entreprise chinoise, occidentale ou congolaise qui pollue sans être sanctionnée produit les mêmes effets. C’est pourtant autour des sites chinois, les plus nombreux, que les tensions se concentrent.
Fungurume : la mine, les creuseurs et les travailleurs
À Tenke Fungurume, la cohabitation entre la concession de CMOC et les creuseurs artisanaux reste explosive. Début juin 2026, Radio Okapi a rapporté des manifestations meurtrières après la mort d’un creuseur sur la concession. Au même moment, les salariés de TFM entamaient une grève contre une nouvelle convention collective jugée signée sans leur consultation.
Dans un mémorandum adressé à la direction, les grévistes décrivaient, selon le Kivu Morning Post, des repas insuffisants dans les réfectoires, des logements préfabriqués vieillissants et des ruptures de médicaments à l’hôpital de l’entreprise. Ils réclamaient notamment une indemnité de logement de 30 % du salaire net et une allocation scolaire de 85 dollars par enfant. Le contraste avec les bénéfices records du groupe en 2025 a nourri le ressentiment.
Mwenga, Kamituga, Lugushwa : l’or qui échappe
Dans l’Est, le rapport aux opérateurs chinois prend une autre forme. Dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, les habitants dénoncent depuis des années des dragues et des chantiers semi-industriels installés sur les rivières et les sites aurifères, parfois sans titre valide. En juillet 2026, le député national Trésor Lutala Mutiki a saisi le ministre de la Justice des cas observés à Kamituga et Lugushwa, évoquant des complicités d’autorités civiles et militaires.
Les conséquences locales sont décrites de la même manière d’un village à l’autre : rivières détournées ou boueuses, champs détruits, creuseurs évincés des meilleurs filons, et peu de retombées pour les entités territoriales. Nous reviendrons en détail sur ces dossiers dans l’épisode 6.
Ce que demandent les communautés
Les revendications recueillies auprès de la société civile convergent : des cahiers des charges réellement exécutés et publiés, des études d’impact accessibles, des indemnisations justes lors des délocalisations, un accès à l’emploi local qualifié, et surtout un État présent pour contrôler et sanctionner. Ces demandes ne visent pas à chasser les investisseurs, mais à rééquilibrer une relation où les communautés se sentent les grandes oubliées.
Par la rédaction de MINES.CD




