En République démocratique du Congo, la gouvernance du secteur minier continue d’alimenter les débats. Entre exploitation artisanale, activités semi-industrielles et multiplication des acteurs intervenant sur le terrain, plusieurs observateurs dénoncent un manque de contrôle qui favoriserait la fraude et réduirait les retombées économiques pour l’État.
Dans une intervention à Mines.cd, l’activiste et expert du secteur minier Rams Malikidogo a plaidé pour une réforme en profondeur du modèle d’exploitation actuellement en vigueur dans plusieurs zones minières du pays.
Selon lui, la dispersion des activités extractives entre de nombreux exploitants constitue l’un des principaux obstacles à une gestion efficace et transparente des ressources naturelles.
« L’État doit confier cette exploitation à une seule société bien expérimentée. Lorsque cette exploitation se fait par plusieurs individus, cela favorise l’anarchie et l’État ne parvient pas à se rendre compte des quantités produites », a déclaré Rams Malikidogo.
Un défi de traçabilité
Pour l’expert, la multiplication des exploitants rend particulièrement difficile le suivi des volumes réels de production. Cette situation compliquerait le travail des institutions chargées de la régulation du secteur, notamment le ministère des Mines et le Cadastre Minier (CAMI).
Selon lui, l’absence de données fiables sur les quantités effectivement extraites ouvre la voie à diverses formes de fraude et facilite les activités des réseaux opérant en marge des circuits officiels.
Des conséquences économiques importantes
Cette situation aurait également des répercussions directes sur les finances publiques. Parmi les effets régulièrement évoqués figurent la sous-déclaration des productions, l’évasion fiscale, les détournements de minerais stratégiques ainsi que la perte de contrôle de certaines zones d’exploitation par les autorités compétentes.
Pour Rams Malikidogo, ces dysfonctionnements privent l’État de ressources financières importantes susceptibles de contribuer au développement économique et social du pays.
Plaidoyer pour un modèle plus structuré
Face à ces défis, l’expert propose une approche davantage centralisée consistant à confier l’exploitation de certains périmètres miniers à des entreprises disposant d’une expertise technique avérée, de capacités financières solides et d’obligations clairement définies.
Selon lui, un tel modèle permettrait de renforcer la traçabilité des minerais, de faciliter les contrôles administratifs et fiscaux, tout en offrant à l’État un interlocuteur clairement identifié pour le suivi des engagements environnementaux, sociaux et économiques.
Un débat qui divise
La proposition intervient alors que le gouvernement multiplie les initiatives visant à lutter contre la fraude minière et à améliorer la gouvernance du secteur extractif.
Toutefois, la question de la centralisation de l’exploitation demeure sujette à débat. Certains acteurs estiment qu’une telle approche pourrait améliorer le contrôle de la production, tandis que d’autres défendent la place de l’exploitation artisanale, considérée comme une source essentielle de revenus pour de nombreuses communautés locales.
Au-delà des divergences, cette réflexion remet au centre des discussions la nécessité de trouver un équilibre entre formalisation de l’activité minière, création de valeur pour les populations et optimisation des recettes publiques.
Dans un contexte où la RDC cherche à renforcer sa position stratégique sur le marché mondial des minerais critiques, l’amélioration de la gouvernance du secteur apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur de développement.
Azarias Mokonzi




