Dans une lettre ouverte adressée au ministre des Mines et consultée par Mines.cd, l’ONG La Sentinelle des Ressources Naturelles, spécialisée dans la gouvernance minière, appelle à la réalisation d’un audit externe indépendant du Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN). L’organisation estime qu’un tel exercice est indispensable pour renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion de cette institution stratégique.
Signée par Jean-Pierre Okenda, directeur exécutif de La Sentinelle des Ressources Naturelles, la correspondance demande au ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, de diligenter sans délai un contrôle indépendant portant sur l’allocation et l’utilisation des revenus du FOMIN.
Selon l’organisation, les citoyens congolais disposent encore de très peu d’informations sur la gestion effective du fonds depuis sa création.
« Les citoyens congolais ignorent quelles richesses ont été créées, combien de revenus ont été collectés, quelles dépenses ont été engagées, quels placements ou investissements ont été effectués et quels rendements obtenus », a indiqué Jean-Pierre Okenda.
Un fonds stratégique sous le regard de la société civile
La Sentinelle rappelle que le FOMIN a été créé pour préserver une partie des revenus issus de l’exploitation minière afin de financer les générations futures et de soutenir la diversification durable de l’économie congolaise.
Toutefois, l’organisation souligne que huit ans après sa mise en place, les informations relatives aux revenus perçus, aux investissements réalisés, aux dépenses engagées ainsi qu’aux rendements générés demeurent insuffisamment accessibles au public.
Une opportunité pour la nouvelle équipe dirigeante
Pour l’ONG, les récentes nominations à la tête du FOMIN constituent une occasion de faire toute la lumière sur les interrogations soulevées au sujet de la gestion précédente.
Elle estime que l’absence de réponse aux préoccupations exprimées depuis plusieurs années par la société civile risque d’alimenter davantage les soupçons de mauvaise gouvernance.
La Sentinelle critique également certaines dépenses de fonctionnement qu’elle juge excessives ainsi que des investissements qui, selon elle, s’éloigneraient de la mission fondamentale du fonds.
Des investissements contestés
Dans sa lettre, l’organisation cite plusieurs opérations relayées dans l’espace public, notamment :
- 100 millions de dollars destinés au barrage hydroélectrique de Katende ;
- 100 millions de dollars investis en obligations de la Banque centrale du Congo ;
- 17 millions de dollars affectés à la rénovation du laboratoire du CEEC ;
- 50 millions de dollars injectés dans le capital de Primera Gold, devenue DRC Gold Trading SA ;
- Ainsi qu’une participation annoncée dans la future société ADEX RDC SA.
Selon la Sentinelle, plusieurs de ces décisions auraient été prises sans études préalables suffisantes ni cadre d’investissement clairement défini, exposant potentiellement le fonds à des risques financiers et à une dilution de ses objectifs stratégiques.
Des obligations de transparence rappelées
L’organisation s’appuie également sur l’article 32 bis du décret de 2023 portant statut, organisation et fonctionnement du FOMIN. Ce texte prévoit notamment la publication des actes de gestion, des projets financés, des participations détenues, des rendements obtenus ainsi que des rapports d’audit indépendant et des états financiers détaillés.
Pour la Sentinelle, le respect de ces dispositions constitue un préalable essentiel au rétablissement de la confiance du public.
Un appel au ministre des Mines
En conclusion, l’ONG exhorte le ministre des Mines à ordonner un audit indépendant afin d’évaluer la gestion du fonds, renforcer la transparence et garantir que le FOMIN remplisse pleinement sa mission de préservation des richesses minières au bénéfice des générations futures.
Pour la société civile, la crédibilité du fonds dépendra désormais de la capacité des autorités à fournir des réponses claires sur l’utilisation des ressources accumulées depuis sa création.
Daniel Bawuna




