L’organisation internationale de défense des droits humains et de l’environnement Global Witness affirme, dans un rapport publié le 10 juin 2026, que du coltan extrait dans la zone minière de Rubaya, au Nord-Kivu, aurait intégré des chaînes d’approvisionnement internationales après avoir transité par le Rwanda.
Selon cette enquête, menée durant près d’un an, au moins cinq des principaux exportateurs rwandais de coltan auraient acheté du minerai provenant de zones sous contrôle ou sous influence de groupes armés opérant dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Des exportateurs rwandais pointés du doigt
Le rapport cite notamment les sociétés African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solution, Kanzamin et Philbert Trading Minerals parmi les entreprises soupçonnées d’avoir acquis du coltan provenant de Rubaya. D’autres opérateurs, dont Space Mining, sont également mentionnés dans l’enquête.
Global Witness estime que cette situation met en évidence les limites persistantes des mécanismes de traçabilité et de diligence raisonnable censés garantir l’origine légale des minerais dits « 3T » (étain, tungstène et tantale). L’organisation considère que certains systèmes de certification n’ont pas permis d’empêcher l’intégration de minerais à risque dans les circuits commerciaux internationaux.
Une chaîne d’approvisionnement mondiale sous pression
Au-delà du Rwanda, le rapport décrit une chaîne d’approvisionnement reliant exportateurs, négociants, fonderies et industries utilisatrices de tantale, un métal essentiel à la fabrication de composants électroniques. Global Witness soutient que du coltan issu de Rubaya pourrait avoir atteint des transformateurs et fabricants présents dans les secteurs de l’électronique, de l’automobile et des technologies avancées.
L’organisation insiste que le problème dépasse le cadre régional et concerne l’ensemble de la chaîne mondiale d’approvisionnement, où les minerais peuvent être mélangés, reconditionnés puis réexportés sous une apparence de conformité réglementaire.
Des recommandations adressées aux autorités et aux entreprises
Dans son rapport, Global Witness appelle les autorités rwandaises à renforcer les contrôles contre la contrebande de minerais et à empêcher l’entrée sur leur territoire de ressources issues de zones de conflit.
L’organisation recommande également aux autorités congolaises de renforcer la surveillance des sites miniers et de publier davantage de données sur la production minière.
Elle invite par ailleurs les négociants, transformateurs et acheteurs internationaux à suspendre leurs approvisionnements en tantale provenant du Rwanda tant que l’origine du minerai ne peut être vérifiée de manière robuste et indépendante.
Un enjeu majeur pour la crédibilité du secteur
Pour le secteur minier, cette enquête relance le débat sur l’efficacité des mécanismes de traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement des minerais critiques. Elle rappelle également que les enjeux dépassent la seule conformité commerciale et touchent directement à la gouvernance des ressources naturelles, à la sécurité des communautés minières et au financement des groupes armés dans l’Est de la RDC.
À noter : les accusations contenues dans le rapport sont celles de Global Witness. Plusieurs entreprises ont souvent contesté tout approvisionnement en minerais de conflit et affirment appliquer des procédures de diligence raisonnable conformes aux standards internationaux.
Daniel Bawuna




