À la suite de la publication dans Nature Communications de l’étude de Manzuk et Philippe (2026), intitulée « Uranium in cobalt-hydroxide exports from the Democratic Republic of the
Congo » , estimant qu’environ 2000 à 5000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées avec les hydroxydes de cobalt de la RDC entre 2000 et 2024, le Professeur Steev Tshipeng Yav, expert en minéralurgie et hydrométallurgie, publie une analyse critique de la méthodologie ayant conduit à cette estimation.
Cette analyse ne conteste ni la présence naturelle d’uranium dans certaines minéralisations cobaltifères du Copperbelt congolais, ni la possibilité qu’une fraction de cet uranium puisse être mobilisée au cours des procédés hydrométallurgiques. Elle s’interroge en revanche sur le niveau de certitude pouvant être accordé à la quantification historique de 2000 à 5000 tonnes.
La principale réserve soulevée concerne le fait que cette estimation ne résulte pas de mesures directes et systématiques effectuées sur des cargaisons représentatives d’hydroxydes de cobalt effectivement exportées. Elle repose sur une succession de modèles géologiques, minéralogiques et hydrométallurgiques intégrant plusieurs hypothèses et simplifications.
L’analyse identifie notamment plusieurs sources d’incertitude concernant la représentativité des teneurs en uranium attribuées aux minerais, la relation U-Co, les différences potentielles de comportement hydrométallurgique entre l’uranium et le cobalt, les rendements métallurgiques retenus, la diversité des flowsheets industriels ainsi que l’influence de la minéralogie et des différentes étapes de purification.
« La question scientifique n’est pas de nier la présence potentielle d’uranium dans certains minerais ou produits cobaltifères congolais. Il s’agit plutôt de déterminer si les données actuellement disponibles permettent d’établir avec suffisamment de robustesse l’ampleur historique du phénomène. Pour une question aussi sensible, les modèles doivent désormais être confrontés
aux données industrielles mesurées. »
Ci-dessous, lien vers la note ⤵️
https://doi.org/10.5281/zenodo.21863519
La note recommande ainsi qu’une évaluation scientifique indépendante soit conduite à partir des données disponibles en
RDC : archives analytiques, bilans métallurgiques, certificats d’analyse, données radiométriques et, lorsque disponibles, échantillons historiques. Pour les exportations futures, elle propose également un programme harmonise combinant échantillonnage représentatif des cargaisons, analyses quantitatives validées de l’uranium et traçabilité des tonnages exportés.
Elle recommande enfin la constitution d’un groupe scientifique multidisciplinaire indépendant, associant notamment géologues, minéralogistes, hydrométallurgistes, spécialistes de l’échantillonnage et de l’analyse, experts en radioprotection et institutions nationales compétentes, avec la possibilité d’associer les organismes internationaux concernés.
L’objectif n’est donc pas d’opposer une estimation à une autre, mais de passer progressivement d’un débat fondé principalement sur des modèles à une évaluation reposant sur des données industrielles mesurées, représentatives et traçables, susceptibles de confirmer, recalibrer ou réviser les ordres de grandeur actuellement proposés.




